HISTOIRE DU CHATEAU

Surplombant le Lac de Sainte Croix, le Château d’Aiguines jouit d’un panorama privilégié. Héritage du règne d’Henri IV, il représente aujourd’hui un fond patrimonial exceptionnel d’où l’inscription au titre de Monuments Historiques des façades, toitures et des communs, ainsi que l’ensemble du jardin autant qu’à l’intérieur la rampe en fer forgé et la salle à manger ornée de gypseries.


Retrospective au coeur des origines …

Le château quadrangulaire avec douves sèches et remparts, ses hauts murs sans fenêtre marquent son existence depuis le Moyen Age.

Balthazar de Gautier, seigneur des lieux à partir de 1596 décide de restaurer, en 1606, sur un mamelon, près de l’église du village, le château flanqué de quatre tours coiffées de tuiles polychromes vernissées formant mosaïque porte sans conteste l’empreinte élégante de l’époque de Louis XIII. Les nouveaux bâtiments sont érigés sous les vestiges d’un édifice plus ancien ayant appartenu aux Sabran. Balthazar de Gautier, baron de Senez, seigneur d’Aiguines, de Vacheresse, de Canjuers, de Clumans fut chevalier du Roi et rendit hommage à Henri IV pour la terre d’Aiguines en 1596. La famille Gautier est l’une des familles les plus anciennes de ce nom en Provence. Durant cette période, furent construites des fenêtres, les tuiles et toitures rajeunies. A la fin du XVII ème siècle, période de paix et prospérité, les Gauthier firent combler les douves et pratiquèrent des ouvertures dans les grands murs.

En 1720, d’importantes modifications sont entreprises : le château fut agrandi par l’adjonction de communs et les abords furent remaniés pour former une vaste esplanade d’1 hectare 5 en équerre traversée par une allée menant à la grille d’entrée ouest à celle du Nord.

A cette époque sont également crées les jardins en terrasse au style italien qui auraient été achevés en 1743 si l’on en juge l’inscription de la date gravée sur une pierre.

Quant à la fontaine ; Une inscription latine sur cette dernière marque l’achèvement en 1770 :

 « Aqua ista saluberrima inuenta et ducta : hic fons immissarium in hort construct anno 1770 ».

C’est l’eau la plus saine trouvée découverte et établie: c’est la source RÉSERVOIR D’EAU dans le jardin construit en 1770.

Potable, l’eau fut captée et amenée au château par le seigneur d’alors, parallèlement, il fit capter une source importante qui conduisit à la fontaine sur la Place de l’Horloge et fit don des deux tiers de son débit à la population du village. La mesure existe encore aujourd’hui.

Le jardin fut aménagé par un arrière petit fils, Joseph de Gautier. Formé de trois terrages, de 4 fontaines, le jardin est unique en son genre. Imaginez-le comme à l’époque de son aménagement avec un parterre de buis, un fruitier fait de variétés anciennes, l’orangerie renfermant des agrumes dans des vases d’Anduze …Deux pavillons en poivrière ornent la dernière terrasse.

Le monumental portail en plein cintre surmonté d’un fronton frisé est décoré de feuillages stylisés et de chutes de fruits date de la fin XVIème siècle.

Nous pénétrons dans l’enceinte du château, le plafond porte l’empreinte du style du XVIIIème siècle. A l’intérieur, les tapisseries et gypseries dorées remontent au XVIIIème siècle et font l’objet d’un classement tout comme la rampe intérieure en fer forgé d’un seul tenant sur quatre étages.

Quant aux toits en poivrière, leur origine reviendrait à des Compagnons du Tour de France arrivant de Bourgogne. Pour mener à bien cette construction, il a fallut plus de 18000 tuiles en argile cuite de Salernes, fabriquées à la main et ornées de motifs polychrome. Les couleurs renvoient aux quatre saisons. Les constructions des tours datent déjà de l’époque du Moyen Age.

Le bâtiment depuis cette date n’a plus subi de transformations marquantes, dans l’aile ouest les embrasures et échauguettes témoignent de la présence d’un corps de garde antérieur réaménagé au XVIIIème siècle. En 1989, le château fut racheté aux héritiers de la Marquise de Foresta, très abîmé par le temps et les intempéries, il fit l’objet d’un rafraichissement important qui dura trois ans : peinture des façades à la chaux, toitures refaites entièrement et des meurtrières et fenêtres furent ouvertes et restaurées.

 

Les gypseries situées aux quatre coins des murs de la salle à manger représentent les guerriers avec leurs armes et drapeaux. Dessinés sans tête et sans mains, ces gypseries peignent tous les guerriers se battant pour leur seigneurie, les préjudices et blessures occasionnés par les actes de guerre. La musique avec la lyre, le luth, flûtes et violon incarnent le début du goût pour la musique baroque, héritage d’Italie. Le terme même de « mousikê » est grec et désigne l’art des Muses par excellence, la part de l’éducation qui, pour Platon, prépare l’âme de l’Homme au Bien par le Beau.

 


LE CHATEAU ET SON PASSAGE :

Du XIème ou XIIème siècle jusqu’en 1582 : la famille de Sabran vit dans le château seigneuriel fortifié. Jean de Sabran héritera à son tour de différentes seigneuries dont celles de Baudinard et Aiguines en 1435, il épousera Yolande de Saint Marcel.

De 1582 à 1789 : César de Sabran, seigneur d’Aiguines, Canjuers et Chantereine, épouse Madeleine de Micaëlis-Martialis, veuve de Laurent de Pontevès, seigneur de Giens. Les consuls et conseillers d’Aiguines le reconnaîtront en 1720 pour « gouverneur de la partie de la viguerie de Moustiers séparée par le Verdon ». Il préfère habiter le château de Chantereine où il y mourra. Sans postérité, César de Sabran-Canjuers, vendra à l’autre coseigneur, Joseph de Gautier, ses droits sur Aiguines.

André de Gautier, gendre de Louis de Sabran, a eu de sa femme Blanche de Sabran un fils unique Balthazar, qui lui a succédé à la tête de Senez et d’Aiguines. Balthazar se fit d’ailleurs remarqué par sa bravoure et par les services rendus à l’Etat. Le Roi Louis XIII, le fit chevalier de ses ordres en 1619 par l’acolade, gentilhomme de sa chambre et lui donna le titre de baron de Senez.

 

De 1815 à la fin du XIXème siècle :

En 1789, les villageois cachent le seigneur d’Aiguines qui se réfugiat près de la mer. Tous les biens seigneuriaux devinrent alors communaux puis nationaux.

En 1815, le château et ses terres furent achetés par le Duc de Blacas en reconnaissance de services.

L’héritière d’Albert de Blacas, Baucette, épouse Elzéar de Sabran, seigneur d’Ansouis, à qui elle apporte, entre autres, les fiefs de Baudinard, d’Aiguines et de Thoard pour lesquels son mari rend hommage à Louis II.

Fin XIXème siècle à 1912 : La famille ESCOLE

De 1912 à 1927

Madame de Clappier-Vauvenargues

La Seigneurie de Vauvenargues appartint aux comtes de Provence jusqu’au XIII°s.

De 1927-1988 : Hippolyte Bonaventure Joseph, baron de Blacas, né à Aiguines le 20 novembre 1803, marié 23 avril 1834 à Marie-Thérèse de Foresta, née 7 mai 1813. Mademoiselle  Sybille Marie Josèphe de FORESTA fille d’Henri Marie Joseph de FORESTA, marquis de Foresta & de La Roquette 1855-1944 et de Marie Joséphine Thérèse de BONET d’OLEON 1865-1964, née en 1898, devient propriétaire du château jusqu’à sa mort.

 

De 1988 à 1989 : Hoirie famille de Chanterac Princesse Napoléon hérite ensuite du château.

De 1989 à 1997 : Famille RAMAGE-PETIN

De 1997-2010 : Famille DE BAECK

 


HOMMAGE A AIGUINES ET SON CHATEAU

Jean Giono, dans Provence : « Le couchant fait luire la toiture vernissées du château d’Aiguines »


LA VIE DES SEIGNEURS D’AIGUINES ET LEURS RELATIONS AVEC LES VILLAGEOIS

Dès 1303, le conseil de la communauté est créé afin de régler les différends notamment entre la population et les seigneurs.

En 1382, les syndics de la baillie de Moustiers se réunirent pour protester les exactions d’Albert de Blacas, seigneur d’Aiguines, pendant la guerre civile.

 

Au XIVème siècle, la pâturage des moutons sur les terres appartenant au château devient source de profit des seigneurs qui demandent le paiement du droit de passage. L’élevage va s’intensifier et à la fin du XVème siècle, Pierre de Sabran, seigneur d’Aiguines alors encore mineur se fit usurpé par la population de Moustiers qui profitent du jeune âge du seigneur et font paître leurs moutons sans s’acquitter du droit. Le Roi René les fit alors chasser des terres d’Aiguines.

 

La dégradation économique est causée essentiellement par le manque d’eau et les périodes de froid empêchant les récoltes. La plupart des forains abandonne leurs maisons ne pouvant subvenir au paiement de la taille.

Les coseigneurs se déchargent de leur part d’impôts sur la commune qui proteste et demande à Marc Antoine de Gauthier de se rendre à Aiguines pour se libérer du paiment des tailles qu’il refuse de payer. Joseph de Gauthier, successeur de Marc Antoine se montre aussi réticent. Des procès furent intentés afin de faire régler les tailles au seigneur.

Au XVIIème siècle, les Sabran et Gauthier possèdent le tiers des terres, la vie à Aiguines y est prospère, les rapports entre les coseigneurs et les villageois sont cordiaux. En 1641, la communauté passe une transaction qui la libère du paiement d’arrérage de tailles échu depuis 1589, en compensation, les coseigneurs obtiennent l’affranchissement de la moitié de leurs biens roturiers et la franchise du château d’Aiguines. La communauté vit une période de pauvreté et de difficulté en 1655 et recourt aux prêts auprès de Marc Antoine de Gauthier et de Charles de Sabran afin de pouvoir semer le blé et l’avoine.

A partir de 1667, le château d’Aiguines est quelque peu déserté, le seigneur de Gautier y préférant des châteaux plus pompeux. De plus en plus avide de richesse et de pompe, le château d’Aiguines n’est pas assez mondain et trop austère pour les goûts du siècle. La hausse des impôts leur permettant d’ailleurs de répondre à leurs nouvelles exigences de noblesse.

Au XVIème siècle, Les Sabran érigent la Bastide de Chantereine comme bastide noble, et l’habitent jusqu’à leur mort. Quant aux Blacas, ils y préfèrent le château de Vérignon où ils y vivent durant les XVI et XVIIème siècles pour l’abandonner ensuite définitivement.

 

Face à l’écart richesse pauvreté de plus en plus criant, le conseil songe à acquérir le droit de passage appartenant au baron de Gautier, très généreux et bienfaiteur qui consent à le vendre, toutefois, la vente n’est pas acceptée à l’unanimité par les membres du conseil.

 

Le Seigneur d’Aiguines marqua son temps et sa vie au château pars ses bons actes, notamment, en 1819, le seigneur fait don d’un legs de 1000 francs aux pauvres d’Aiguines, il avance également les frais pour construire l’horloge sur la place du village.